Autoportrait

Un autorportrait en trois couleurs, à la façon d’un certain Théo, rencontré un jour via le net (c’est un peu à travers lui, et feu son site Fracteus, que j’ai mis un premier pied dans l’univers des blogs…) Cette version-là date de juin 2006.

Fragments en noir, commençons par le plus sombre…


On m’a dit que j’étais malsaine, que je m’immisçais dans la vie des autres, que je me faisais trop de soucis pour eux. On me dit encore, ne te mêle pas de ce qui ne te regarde pas, tu n’as pas le droit de juger. On m’a dit que j’étais une mademoiselle je sais tout. On m’a dit que je gâchais mes talents, que je manquais cruellement d’ambition, on m’a tellement dit « peut mieux faire ». On m’a dit que j’intellectualisais trop les choses, que j’étais trop cartésienne.

On m’a dit aussi que je ne savais pas me laisser aller, que je n’osais pas le lâcher-prise. On m’a dit que j’étais trop casanière. On m’a dit que je me protégeais trop, on a brisé cette protection et l’on m’a blessée… On m’a dit que j’avais fait mal, et que je devais disparaître à tout jamais. On m’a dit que parfois, j’aurai dû fermer ma grande gueule, et que j’avais un complexe de supériorité… On m’a dit que je ne laissais pas d’espoir, que j’étais trop sèche. On m’a dit que je coupais souvent la parole, que je n’écoutais pas jusqu’au bout… On m’a dit que je ne savais pas perdre. On m’a dit que j’avais du bide et des grosses fesses, que je ne m’occupais pas assez de mon corps. On m’a dit que je ne faisais pas assez de sport, que je ne connaissais pas le plaisir de l’effort physique. On m’a dit que j’avais un visage très sévère, que mon regard faisait peur, encore plus avec ces lunettes. On m’a dit que j’étais une vraie chieuse, et tête de mule en plus de ça. On m’a dit d’aller voir un spécialiste pour en parler.

Fragments d’outre-mer.


On m’a dit autrefois « plus tard tu feras des ravages ». On m’a dit que j’étais intelligente, que j’avais de la répartie. On m’a félicité pour mon succès dans les études et pour mon sérieux. On m’a même appelée « l’unique espoir ». On m’a dit que je savais poser les bonnes questions, que j’avais l’esprit de synthèse. On m’a dit que j’avais de beaux seins et des yeux à plonger dedans. On m’a dit aussi que, vue d’en dessous, je bougeais bien. On m’a dit que, sans le savoir, je poussais au vice. On m’a dit que j’étais une nymphette, on m’a aussi appelée « mon égérie ».

On m’a dit que j’avais fière allure sur mon vélo jaune. On m’a dit que, pour une fille, je conduisais bien. On m’a dit que je n’étais pas qu’une fille d’ailleurs. On m’a dit que j’étais déconcertante, et que cela séduisait. On m’a dit que ma tête avait mûri plus vite que mon corps. On m’a dit que j’étais douce et aimante, que je donnais confiance en soi, et l’on m’a dit « je t’aime ». On m’a dit que j’étais un cordon-bleu. On m’a dit qu’il fallait que je me fasse confiance et qu’alors je ferrai des belles choses. Mais finalement, on ne m’a pas dit tant de choses que ça…

Autoportrait en demi-teinte.


Je me suis dit, comme le grand Arturo Bandini, je n’ai peur de rien sauf de l’inconnu. Je me suis dit que je vivais trop dans ma tête, que la réalité était plus importante. Je me suis dit que j’étais beaucoup trop timide, et que je n’osais pas assez. Quand parfois j’ai osé, ça a marché… Je me suis dit que j’étais trop orgueilleuse, et en même temps je me suis dit qu’il fallait que cesse ce syndrome de l’imposteur. Je me suis dit qu’il fallait que j’arrête d’affabuler : qu’il ne fallait pas que j’ai peur de ne pas plaire aux autres. Je me suis dit que j’étais faite pour ce métier, et que cette vie était faite pour moi. Je me suis dit que ma vie aurait pu être toute autre, que j’aurai bien aimé faire plein d’autres métiers.

Je me suis dit que peut-être, plus jamais je ne connaîtrais l’excitation du premier rendez-vous, que peut-être je ne ferai plus jamais l’amour avec un autre… Je me suis dit que j’aimerais bien avoir au moins deux enfants. Je me suis dit que je n’avais pas assez confiance en moi, et qu’il valait peut-être mieux. Je me suis dit que je n’aurai jamais dû cesser de monter à cheval. Je me suis dit que je détestais plus que tout ne pas être maître de ma vie, sauf, parfois, au lit ! Je me suis dit que je ne savais pas gérer les situations de conflits. Je me suis dit que je n’étais pas prête à perdre mes parents maintenant… Je me suis dit, si je n’apprends chaque jour je m’ennuie. Je me suis dit que lorsque je ne comprenais pas, je m’énervais vite. Je me suis dit que je voulais laisser une trace.

Je me suis dit que je pouvais très bien supporter la solitude, et je me suis dit, moi qui suis faite pour aimer, que je mourrai de ne pas être aimée. Je me suis dit que je vivais beaucoup trop dans mes rêves et pas assez dans ma vie. Je me dis qu’il y a longtemps que je n’ai pas été bousculée par celle-ci… Je me suis dit que, parfois, il fallait que je sois plus égoïste. Je me suis dit que j’étais paresseuse, mais que c’était bien comme ça ! Je me suis dit que j’aurai bien aimé avoir le don de la musique. Je me suis dit que j’aimais un peu trop fantasmer… Je me suis dit que si je voulais, je pourrais être une jolie fille. Je me suis dit que j’aimais bien mes rondeurs mais pas ma peau. Je me suis dit que j’étais un bon coup et que c’est dommage de ne pas en avoir plus profité avant. Je me suis dit que si je devais être réincarnée, j’aimerais bien être une bactérie. Et puis je me suis dit que tout ça en valait le coup.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :